Sans bateau, pas de skipper, pas d’équipier et pas de navigation à voile. Je ne m’étendrai pas sur les autres navires à propulsion malodorante, donc, mécanique!

Ce point de détail étant éclairci je vais vous détailler le parcours initiatique de l’équipier découvrant peu à peu le domaine qui va être le sien pendant des années, des lustres et même l’éternité car il relaiera Carron le nautonier pour avoir le plaisir de naviguer encore quand il sera passé de l’autre bord de l’Achéron.

Donc vous gagnez le bord du bateau de votre skipper et, comme par hasard, il est à son mouillage au milieu d’un bras de mer bien abrité. Je traduis. Il a le privilège d’avoir dans un coin de rivière un bloc de béton auquel est frappé (attaché) une chaîne et une bouée sur lequel il amarre son voilier.

Vous embarquez dans un engin remarquablement exigu nommé annexe mais d’une capacité remarquable. Cet engin est capable de transporter en une seule fois, le skipper, normal, c’est lui le propriétaire, les équipiers, les casse croûte, le moteur hors bord, les sacs de l’équipage, l’épouse du skipper et quelquefois même le chien. L’eau monte à quelques centimètres du bord de la bassine (dito ma soeur aînée). Le skipper piétine tout le monde et ne prenant qu’un aviron, pas la rame! C’EST UN AVIRON! Il le plonge au tableau arrière et hop, on avance. Miracle, le patron sait godiller, s’il tortille du cul en godillant il a fait les Glénans.

En arrivant à bord on se débarrasse promptement des accessoires et au prix de quelques contorsions grotesques on monte à bord. Depuis quelque temps les nouveaux bateaux ont une jupe par laquelle on monte à bord de façon plus académique et sans risquer de se mettre à l’eau. C’est tellement évident que je me demande comment on n’y a pas pensé plus tôt.

Là tout devient mobile, incertain… Chaque mouvement ou déplacement provoque des mouvements du voilier. Quand on avance sur le pont le sol se dérobe sous vos pas. Le ridicule n’est jamais loin.

il faut vous dire que je vous décris un voilier pur, à une coque. Je ne connais pas ces engins appelés catamarans que souvent je qualifie de bi-coques, je fais sans doute référence à leur surface habitable impressionnante.

Visite; l’intérieur.

Il y a à bord des emplacements pour stocker les voiles sous lesquels on trouve des couchettes exiguës et joliment qualifiées parfois de couchettes cercueil (ce sont mes préférées, on y dort royalement). il y a un emplacement destiné à stocker les jumelles, le compas de relèvement, les gants, la corne de brume etc… dans lequel on peut éventuellement faire la vaisselle. il faut dire que l’évier est généralement situé tout près de la descente et si pratique…

Il y a une table à carte sur laquelle on peut éventuellement dîner. je me demande souvent en feuilletant des revues nautiques et des prospectus publicitaires comment font-ils pour caser 6 personnes autour d’une table qui peut péniblement en recevoir 3. Font-ils appels à des nains? Mystère.

Visite; sur le pont.

Sur le pont il y a le mat. Celui-ci doit être salué, quel qu’en soit la hauteur par un sifflement admiratif. Si en plus le bateau est gréé en 7/8ème… Gréé en 7/8ème on peut se présenter partout la tête haute, de plus l’usage des bastaques est la marque d’un pratique élitiste de la voile. Le mat, instrument essentiel du navire muni à sa base d’un instrument contondant appelé bôme, de l’anglais boom (sur la tête évidemment). Ce fier espar (c’est le terme) est tenu vertical par des câbles d’acier inoxydables aux noms poétiques tels qu’étais, haubans, pataras. Cet ensemble constitue le gréement dormant. il y a aussi les manoeuvres. Ne dites jamais qu’il y a des fic…. Ce serait une insulte. Il y a des cordages qui ont tous un usage précis. Ceux ci ont un nom, sinon même un prénom; balancine de bôme, hale bas de tangon, drisse de spi, drisse de foc, garcette, bosse de ris… Tous ont la particule, ce qui prouve la noblesse de leur usage.

Vous devrez apprendre rapidement tous ces noms et le langage y afférent. si votre skipper préféré vous intime l’ordre de choquer le hale bas de bôme il ne s’agit pas de lui montrer des attributs que les bonnes moeurs interdisent à la vue, mais donner un peu de liberté à un cordage.

Le pont est parsemé d’engins qui rendraient sans doute l’espace plus confortable s’ils n’étaient pas là. Il y a le ouinche (winch) ou cabestan. Le novice est placé idéalement à l’endroit ou il gène la manoeuvre du dit engin. Taquets qui blessent les pieds. Coinceurs qui ne coincent pas que les cordages….

Le skipper, ou patron est très fier de son bateau. Bien sûr celui-ci fait un mètre de moins que le bateau idéal mais c’est son bateau et en médire est un crime de lèse majesté. Il aime son bateau. Alors, si vous montez à bord dites, madame: "mais, Charles Henri, c’est une usine à bouttes votre pont" Là, madame toutes vos erreurs seront pardonnées car dues à un manque d’habitude.

La prochaine fois je vous parlerai des voiles qui sont pour l’instant stockées dans des sacs.

                                                                                Michel Ex-skipper de Blei Ru.