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Monthly Archives: juin 2011

En Route (Bis)

Par

Chapitre 4

Les heures se passent et l’île que vous deviez atteindre est toujours aussi lointaine. Si vous ne vous ennuyez pas à bord et que, le temps passant vous commencez à vous intéresser à la manœuvre vous êtes fichus, irrécupérables pour la société des terriens. L’eau salée est une drogue dure qui vous provoque un état de manque irréfragable.

Donc cher équipier(e) vous vous êtes intéressé aux subtilités de la navigation, vous avez saisi l’écoute et embraqué le génois à la volée. Quand votre skipper saisi d’un besoin pressant vous a dit, prend la barre et met le cap au 180 et qu’en revenant il s’est installé près de vous et touchant doucement votre main il vous a rectifié le cap en vous expliquant tendrement, regarde au loin, prend un repère sur la côte et essaie de la cadrer dans la balcon. C’est fichu, il a vu en vous, homme ou femme, qu’importe l’être qu’il recherche sans arrêt depuis qu’il navigue : l’Équipier avec un grand E. Cet être d’exception à qui on confie la barre sans appréhension.

Ne vous inquiétez pas pour ses mœurs, orthodoxes par ailleurs, il veut faire communier tous ceux qu’il embarque dans la même religion : l’amour de la mer.

Las, l’île que vous croyiez lointaine est brutalement à votre portée, les détails s’affinent et de minutes en minutes vous voyez de plus en plus distinctement ce qui pour vous n’était qu’une bande plus sombre sur l’horizon. L’émerveillement qui vous gagne ne vous quittera plus jamais. Christophe Colomb est l’un de vos cousins, lointains certes mais il a dû au moins être aussi ému que vous quand il a découvert l’Amérique.

La manœuvre de mouillage est, selon les skippers une sinécure ou un exercice de haute voltige. Votre serviteur était un adepte forcené du tout à la voile et se lançait parfois dans des manœuvres de haute école qui, quand elles réussissaient suscitaient chez les spectateurs un peu anxieux pour la pérennité de leurs coques un sentiment de respect. Quand elles rataient on avait toujours la ressource d’aller ailleurs poser l’ancre, au moteur.

La manœuvre se prépare et vous qui n’étiez qu’un passager on vous confie la barre et les deux complices s’affairent à l’avant. L’un affale le foc pendant que l’autre prépare l’ancre. Il vous a dit finement qu’il allait prendre une biture. Exercice qui consiste à préparer la chaîne pour qu’elle file sans heurts.

On se présente bout au vent, on stoppe le bateau, on laisse filer la chaîne et quelques instants après le bateau se balance mollement. Il reste à ranger le bateau et gonfler le canot pneumatique. Pour que faire au juste ? aller boire un coup à terre ? en a-t-on vraiment envie, il y a ce qu’il faut à bord. Pour se baigner ? il y a de l’eau autour du bateau. Aller à terre ? pourquoi ? le but est atteint, le prétexte est achevé… il faut dire que tout départ en croisière doit se donner un but.

Il serait en effet malséant face aux peuples maritimes de dire à la cantonade avant de partir : " je vais faire un tour en mer " vous risqueriez de vous voir opposer les faces renfrognées des marins professionnels. Pour eux on va en mer pour gagner sa vie, au péril de la sienne parfois. Par contre vous dites : je vais à Houat, Hoedic, Belle Isle en mer, terre neuve, aux Bermudes ou à Zanzibar on ne vous demandera rien. Ce que vous y allez faire est du domaine privé. Si vous allez acheter des esclaves, vendre des armes ou rencontrer l’amour est votre affaire. A vous d’être en paix avec votre conscience et avec la loi, si possible. Les marins ont horreur du gabelou et de tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’inquisition.

Ceci dit, j’ai été à Zanzibar. J’ai vu de sacrés marins qui naviguent uniquement à la voile. À Madagascar aussi. Je vous en parlerai un jour ou, mieux, je vous montrerai des photos.

Donc vous êtes ancré, sentiment de plénitude éphémère. Les terriens qui évoquent un point d’ancrage ne savent vraiment pas de quoi ils parlent. L’amour de sa femme est fortement ancré dans son cœur. Phrase stupide ! Savez vous qu’une ancre dérape, surpatte, se bloque, chasse et quelquefois se coince… qui dit ancre dit aussi chaîne… on y reviendra.

Que vous arrive-t-il ? Plus envie de terre, plus de plancher des vaches ?

Vous buvez un coup, vous déjeunez. Et puis on pique une tête (en été) on bronze un chouïa, et puis on décide de longer la côte, faire un tour pour vous montrer comment est jolie une île vue de la mer. Pourquoi ? pour naviguer pardi !

Vous n’êtes pas contre et vous en profitez pour montrer votre science toute neuve. Vos commensaux, attendris, vous laissent faire. Jusqu’au moment ou il faut rentrer.

Là on ne rigole plus. Le travail est là le lendemain. Ils lui font cracher tout ce qu’ils peuvent au bateau.

Quand vous touchez terre vous êtes dans un état second, courbatu, brûlé par le soleil, crevé, vanné. La terre bouge sous vos pieds. Vous vous demandez quand sera la prochaine fois.

C’est comme…. Je ne dis rien… je risque d’établir des comparaisons ….osées.

La prochaine fois je vous parlerai de …. La prochaine fois.

 

                                                           Michel futur skipper d’un voilier nommé Désir.

En route (bis)

Quelques explications

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Les textes précédemment édités datent de plus de dix ans. J’avais à l’époque perdu mon bateau, changé de vie, de longitude et de latitude. Ce qui fait que je n’ai presque plus navigué sur habitable.Le N° de chapitre est inchangé car ils est le fruit de ce renouveau.

Chapitre 11

Eskell Gwen IV

C’est le nom de mon bateau.

Il aurait pus s’appeler:

Ru atao II, Gwen A Ru, Eskell Ru ou tout autre nom comportant le mot Ru, Rouge en breton.

Pourquoi ce nom?

?

Parce que, et il est beau ce nom, Aile Blanche, 4ème du nom, Champagne de Philippe Harlé. Un grand cru.

Bon comment se fait-il que je me retrouve co-skipper d’un bateau?

Une occasion, une discussion a bâtons rompus au marché paysan de Coconi, Mayotte, qui a débouché sur un «Pourquoi pas» et l’affaire s’est faite. Vive l’agriculture et ses produits frais.

En avais-je besoin?

À vrai dire, non, en étant raisonnable, 63 ans est-ce un âge pour se relancer dans la navigation?

En n’étant pas raisonnable, si, car je ne me sens pas, à 63 ans, fichu pour les escapades nautiques. Je suis un homme aux rêves d’amers lointains.

Plus de calendrier à respecter, plus d’obligations professionnelles.

Mais…

Il y a un MAIS, et de taille, plus que majuscule,un immense MAIS…

Vais-je naviguer en même temps que les autres ?

Bien sûr il y a mes petits-enfants qui, je l’espère ardemment, navigueront avec pépé et Marlène.

Il y a aussi mes enfants, qui je le souhaite, navigueront avec papa.

Je me vois donc obligé de participer un peu à l’encombrement des ports en juillet et août.

Un peu.

Mais alors?

Il me reste 10 mois de navigation possible.

Septembre en Bretagne sud, les mouillages déserts, les ports vides, les soirées encore claires.

Avril, Mai, juin, le retour du printemps, les anticyclones qui s’installent sur la mer celtique. Les ballades Irlandaises, les escapades Espagnoles, la Bretagne sud, nord et ouest. Pourquoi pas un retour des terres celtiques (Irlande, Galice) en septembre ou fin août en ayant embarqué les petits à l’aéroport le plus proche pour qu’ils rejoignent les parents?

Et plus de contraintes. Le temps pour soi, le temps de musarder, de visiter…

Et puis, pourquoi bouder son plaisir. Arriver à Groix aux mois ci-dessus c’est être sûr d’avoir une place, en semaine s’entend. De plus il est facile de rejoindre Lorient qui est en face. Avec ou sans son bateau.

Le trajet entre Groix et Belle-Isle est, à cette période, est un concentré de solitude. Pas de voiliers en course pour rejoindre Sauzon ou Le Palais avant que les mouillages ne soient pleins.

Arriver à Le Palais et hésiter entre les emplacements, songer à rejoindre le bassin à flot pour ne pas avoir à gonfler l’annexe. Se demander si l’on va accoster le quai côté ville ou citadelle. Cela ne m’est jamais arrivé. Et, surtout, me dire, si le temps ne permet pas de partir, j’attends l’embellie.

Passer la Teignouse ou le passage des Beniguet en solitaire pour rejoindre la baie de Quiberon et ses multiples ports.

Et, le golfe du Morbihan sans les caisses à boulons. Pas de bourdonnement incessant des bateaux à moteur. Pas de foule à l’Île aux Moines. Pas de camping cars massés à Arradon. Pouvoir déranger un troupeau d’oies sauvages, voir un héron cendré décoller, des tadornes, des pingouins…. Et puis, silencieusement, rattraper ,un banc de kayakistes et les surprendre dans une conversation animée. (Je l’ai fait et le hurlement de frayeur des dames faisant causette et l’éclat de rire des autres kayakistes résonnent encore à mes oreilles)

Égoïste Michel, oui, et je le revendique.

Cependant, si cela est possible je souhaite naviguer en flottille. Si des navigateurs dans mon genre veulent se joindre à nous, car je ne serai pas seul à bord il n’y a pas de problème.

J’échangerai ma connaissance du Mor Bihan contre les mouillages des Glénans. En contrepartie des chenaux de la Teignouse et des Béniguet, j’accepterai volontiers le passage du Raz de Sein….

Et, le soir, au mouillage, devant un apéro nous échangerons nos impressions. Et en plus, si nous avons fait montre d’esprit de compétition, l’un d’entre nous devra déboucher SA bouteille. En toute amitié, bien sûr.

Je rêve sans doute. Je souhaite voir des tablées de vieux safrans dans les restaurants se marrer en célébrant la traversée qu’ils ont faite ENSEMBLE. Quoi de plus beau qu’une bande de vieux (?) sauvages qui déboulent dans un port un soir de printemps ou d’automne.

Je peste de voir tant d’infrastructures inutilisées. Je ne pense pas pour autant que les anciens pourront leur donner la vie en période hivernale. Ils pourront cependant donner envie aux commerçants d’ouvrir plus tôt et de fermer un peu plus tard.

 

Michel qui naviguera hors saison.

 

Chapitre 3 En route.

Par

Vous êtes monté à bord, vous avez visité, on vous a expliqué succinctement de quoi il y retournait. Voilà, vous êtes en route, le squippeur, patron, seul maître à bord est lancé vers le large, la sortie du port, de la baie, de la rivière . Le complexe cacomoteur propulse le fier vaisseau (" là tu exagères Michel " -non, à peine ") à disons 6 nœuds. Pour vous donner une comparaison imaginez vous confortablement installé sur une bécane le cul sur la selle, pédalant à la papa. Voilà, vous y êtes ? C’est ça la vitesse à laquelle vous avancez. Foutez vous de ma gueule, c’est pas mal du tout, et puis vous n’y êtes pas à bord. Na !

Donc disais-je la bourrique (nom méprisant que l’on donne à cet engin malodorant et capricieux) vous fait avancer pépère. Le ronronnement rassurant du moteur est ponctué par des éructations du pot d’échappement. Bref, on avance.

Le skipper, magnanime ou flagorneur vous a confié la barre. Vous êtes debout et essayez de voir ce qui se passe devant car le skipper et son compère ont investi l’avant du bateau et déploient les voiles. Un jour, ayant embarqué des apprentis maçons Lyonnais ils ont appelé les voiles Bâches. J’y pense encore avec plaisir car c’est un de mes meilleurs souvenirs.

Donc ils vous bouchent la vue et le pont est encombré de toile. De temps en temps le skipper vous interpelle et vous ordonne de rectifier la route. En fait il a un pilote automatique qui répond à la voix.

Ils hissent les voiles. Le patron vient vers vous et vous vire sans ménagement mais poliment, il arrête le moteur, règle les voiles et là…

Le bateau avance dans un silence impressionnant, presque pas de bruit, le bruit de la soie que l’on déchire… Je crois du moins que le bruit de la soie que l’on déchire ressemble au bruit d’une étrave qui fend l’eau. Je vais acheter un bout de soie et… qu’est-ce que je dis là….

Observez bien le skipper installé à la barre, il est béat, il tire sur un boutte, règle une écoute, se penche sous le vent, lève la tête, regarde devant et…. IL EST HEU-REUX.

Profite en bien de ce moment de bonheur car ces brefs instants passés, le skipper va vouloir te faire partager sa passion, il va vouloir t’apprendre la navigation.

Tout d’abord l’île qui est ta destination que l’on voit si distinctement à quelques encablures reste obstinément par le travers alors que les bateaux à moteur s’y rendent tout droit. Ne demande pas pourquoi on n’y va pas tout droit comme eux, au moteur. Tu risques de revenir à la nage. On te répondra vertement que c’est un voilier et que le vent vient justement de là ou on va. On va donc tirer des bords. J’ai tendance à croire que les esprits du vent s’arrangent pour contrarier les envies insulaires des voileux plaisanciers. Je vous demande à vous Canadiens un stage de formation aux incantations destinées aux dieux du vent. Le défi français de la coupe de l’América paierait peut-être très cher un gourou ventilateur.

La petite brise rafraîchissante qui vous charmait à terre s’est transformée à bord en un petit vent aigrelet qui vous glace. Madame, à bord le pull est de rigueur.

Nous parlions de navigation. Une fois le bateau lancé sur la mer ouverte le skipper va se faire un plaisir de vous enseigner son art. Tout d’abord le compas (boussole). Il vous explique savamment que le compas vous donne le cap… compas qui diffère du cap vrai. Il y a la déclinaison, la variation et que la route sur le fond n’est pas celle que l’on fait sur l’eau, qu’il faut tenir compte de la dérive due au courant et que la base d’une bonne navigation est une bonne estime.

Il navigue au pif, fallait le dire de suite.

Je vous avais promis de vous parler des voiles.

Les voiles sont l’objet de soins jaloux de la part du propriétaire et sont au nombre de 5 ou 6 pour un voilier de course :

La grand voile, située à l’arrière de mat est paradoxalement souvent plus petite que les autres voiles. Les focs ou voiles d’avant ont des noms Génois lourd, léger, Solent, médium, foc N°1, N°2, tourmentin.. Et le spi, immense bulle multicolore que l’on envoie le plus souvent possible quand on est un bouffeur d’écoutes. Mais cela est une autre histoire. Cependant, depuis des années les focs sur enrouleurs sont devenus la règle sur les voiliers de croisière. Ceci évite à l’équipier, ou au skipper des virées sur l’avant du navire et de se faire rincer et saler copieusement. Ce qui ne manquait pas de charme et, face à la gens féminine, donnait au N° 1 un aura de baroudeur.

Par contre ne vous offusquez pas madame, si après avoir observé longuement les voiles votre skipper préféré vous regarde avec attention. Ce n’est pas dans un but concupiscent, il compare ce que la nature fait de mieux comme courbes : vous, madame, et des voiles bien réglées.

?

?Michel, ex-skipper de Blei Ru et skipper à temps partiel de Eskell Gwenn IV