Vous êtes monté à bord, vous avez visité, on vous a expliqué succinctement de quoi il y retournait. Voilà, vous êtes en route, le squippeur, patron, seul maître à bord est lancé vers le large, la sortie du port, de la baie, de la rivière . Le complexe cacomoteur propulse le fier vaisseau (" là tu exagères Michel " -non, à peine ") à disons 6 nœuds. Pour vous donner une comparaison imaginez vous confortablement installé sur une bécane le cul sur la selle, pédalant à la papa. Voilà, vous y êtes ? C’est ça la vitesse à laquelle vous avancez. Foutez vous de ma gueule, c’est pas mal du tout, et puis vous n’y êtes pas à bord. Na !

Donc disais-je la bourrique (nom méprisant que l’on donne à cet engin malodorant et capricieux) vous fait avancer pépère. Le ronronnement rassurant du moteur est ponctué par des éructations du pot d’échappement. Bref, on avance.

Le skipper, magnanime ou flagorneur vous a confié la barre. Vous êtes debout et essayez de voir ce qui se passe devant car le skipper et son compère ont investi l’avant du bateau et déploient les voiles. Un jour, ayant embarqué des apprentis maçons Lyonnais ils ont appelé les voiles Bâches. J’y pense encore avec plaisir car c’est un de mes meilleurs souvenirs.

Donc ils vous bouchent la vue et le pont est encombré de toile. De temps en temps le skipper vous interpelle et vous ordonne de rectifier la route. En fait il a un pilote automatique qui répond à la voix.

Ils hissent les voiles. Le patron vient vers vous et vous vire sans ménagement mais poliment, il arrête le moteur, règle les voiles et là…

Le bateau avance dans un silence impressionnant, presque pas de bruit, le bruit de la soie que l’on déchire… Je crois du moins que le bruit de la soie que l’on déchire ressemble au bruit d’une étrave qui fend l’eau. Je vais acheter un bout de soie et… qu’est-ce que je dis là….

Observez bien le skipper installé à la barre, il est béat, il tire sur un boutte, règle une écoute, se penche sous le vent, lève la tête, regarde devant et…. IL EST HEU-REUX.

Profite en bien de ce moment de bonheur car ces brefs instants passés, le skipper va vouloir te faire partager sa passion, il va vouloir t’apprendre la navigation.

Tout d’abord l’île qui est ta destination que l’on voit si distinctement à quelques encablures reste obstinément par le travers alors que les bateaux à moteur s’y rendent tout droit. Ne demande pas pourquoi on n’y va pas tout droit comme eux, au moteur. Tu risques de revenir à la nage. On te répondra vertement que c’est un voilier et que le vent vient justement de là ou on va. On va donc tirer des bords. J’ai tendance à croire que les esprits du vent s’arrangent pour contrarier les envies insulaires des voileux plaisanciers. Je vous demande à vous Canadiens un stage de formation aux incantations destinées aux dieux du vent. Le défi français de la coupe de l’América paierait peut-être très cher un gourou ventilateur.

La petite brise rafraîchissante qui vous charmait à terre s’est transformée à bord en un petit vent aigrelet qui vous glace. Madame, à bord le pull est de rigueur.

Nous parlions de navigation. Une fois le bateau lancé sur la mer ouverte le skipper va se faire un plaisir de vous enseigner son art. Tout d’abord le compas (boussole). Il vous explique savamment que le compas vous donne le cap… compas qui diffère du cap vrai. Il y a la déclinaison, la variation et que la route sur le fond n’est pas celle que l’on fait sur l’eau, qu’il faut tenir compte de la dérive due au courant et que la base d’une bonne navigation est une bonne estime.

Il navigue au pif, fallait le dire de suite.

Je vous avais promis de vous parler des voiles.

Les voiles sont l’objet de soins jaloux de la part du propriétaire et sont au nombre de 5 ou 6 pour un voilier de course :

La grand voile, située à l’arrière de mat est paradoxalement souvent plus petite que les autres voiles. Les focs ou voiles d’avant ont des noms Génois lourd, léger, Solent, médium, foc N°1, N°2, tourmentin.. Et le spi, immense bulle multicolore que l’on envoie le plus souvent possible quand on est un bouffeur d’écoutes. Mais cela est une autre histoire. Cependant, depuis des années les focs sur enrouleurs sont devenus la règle sur les voiliers de croisière. Ceci évite à l’équipier, ou au skipper des virées sur l’avant du navire et de se faire rincer et saler copieusement. Ce qui ne manquait pas de charme et, face à la gens féminine, donnait au N° 1 un aura de baroudeur.

Par contre ne vous offusquez pas madame, si après avoir observé longuement les voiles votre skipper préféré vous regarde avec attention. Ce n’est pas dans un but concupiscent, il compare ce que la nature fait de mieux comme courbes : vous, madame, et des voiles bien réglées.

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?Michel, ex-skipper de Blei Ru et skipper à temps partiel de Eskell Gwenn IV