Chapitre 5

Qui trop écoute la météo reste au bistrot

Voilà, en partant votre skipper vous a dit : " tu reviens quand tu veux, tu as ta place à bord " et huit jours après il vous a appelé :

" On sort en entraînement dimanche, on prévoit un peu d’air, ça te dit ? "

Eh oui, ça vous tente, plus que ça, vous êtes impatient, fébrile même. Vous écoutez la météo marine de France inter*

*Cette météo je l’écoute religieusement depuis des années. Je l’ai écoutée en Afrique, en plein milieu des déserts d’Arabie, dans les montagnes d’Asie centrale, en France, en Bretagne. Elle est fiable et évoque pour moi un air… marin. Quand elle annonce un grand frais de sud ouest je sais qu’il faut aller vérifier les amarres et que l’air sera doux et humide. Qu’ensuite le vent virera au Nord ouest et le ciel sera lumineux et la visibilité fantastique…actuellement je l’écoute depuis le canal de Mozambique.

Reprenons.

Le matin de ce dimanche vous avez été chercher votre skipper chez lui et vous descendez vers le port. Au détour d’une rue une bourrasque tente de vous renverser.

- Hé ! Ya du vent !

- Bof un peu d’air, c’est l’effet que ça donne à terre, ça va déménager, il y a 6 à 7, c’est maniable.

- L’autre équipier dit, on va boire un coup au bistrot ? je connais des gars qui…

Là cher néophyte ça se gâte. Si le collègue du maître du bord connaît quelqu’un qui s’y connaît cela risque de déborder du chapitre strictement maritime et nous entraîner vers des histoires de libations inconsidérées qui ponctuent malheureusement les épopées maritimes, plaisancières en particulier.

Cédant lâchement au désir légitime de s’abreuver vous vous dirigez vers le seul bistrot ouvert un dimanche matin d’hiver, celui ou on prend les paris pour les courses de chevaux. Dans cet endroit destiné à la guérison d’un mal fort commun. Vous rencontrez des marins de commerce ou marins pêcheurs en retraite plus habitués au golfe de Guinée ou aux bancs de la grande sole qu’aux abords immédiats de la baie de Quiberon. Ils vous assènent des vérités premières sur l’évolution probable du temps dans les prochaines 24 heures. Ces avis donnés sentencieusement sentent plus le remplissage de godets aussi arides que le Sahel. la phrase magique : " patron, remplissez donc les verres " a pour effet de créer un consensus. «Ça va changer». Un renseignement météorologique de bistrot ne se prend jamais sec.

A bord, dès que le bateau est en route vous sentez la différence, le vent siffle dans la mature et vous en prenez une bonne goulée. Le bateau gîte et se couche sous les rafales, votre skipper lui, n’est pas le moins du monde inquiet, il anticipe, et le bateau lui répond au doigt et à l’œil. Il contrôle la barre et la grand’voile. Les équipiers, dont vous faites partie, s’occupent du foc et ne sont pas trop de deux pour le maîtriser. Les embruns volent sur le pont et vous participez à l’euphorie collective de voir le bateau si bien répondre.

Brutalement le skipper vous appelle et vous donne l’ordre de le remplacer à la barre. Il a quelque chose d’urgent à faire, pisser, casser la croûte, discuter avec l’autre équipier ou tout simplement il a envie de vous faire plaisir.

Gast, la barre et dure et le canote ne veut pas rester en place. Ce n’est pas comme le dernière fois, il ne veut pas rester dans son cap. C’est là qu’intervient votre skipper, il vous explique gentiment qu’il faut le mater ce bateau, il doit vous obéir.

" Tiens, dans une survente tu choque l’écoute de grand voile, tu cintres le mat et tu abats "

Il vous le montre en plus. Suivant ses conseils vous vous prenez au jeu et vous anticipez les risées qui il y a peu, s’appelaient rafales. Votre skipper vous suit de l’œil et vous regarde, attendri de votre application.

Lui et ses potes se lancent dans des préparatifs bizarres. Ils parlent de tangon, de bras, d’écoutes, de balancines, de barbers et installent un appareillage compliqué à l’avant du mat .

Le skipper reprend sa place, vous demande de rester près de lui et là…

… si vous avez affaire à une bande de bouffeurs d’écoutes, de raseurs de cailloux et autres fadas de la vitesse vous allez voir ce que vous allez voir…

On envoie le spinnaker qui s’établit dans un claquement de canon. On affale le foc et …

Ma doué, ça déménage. Le bateau semble voler sur l’eau. On commence à surfer sur les vagues. Tout l’équipage, vous compris êtes pris dans l’euphorie de la vitesse. Le sillage est impressionnant. Si vous ne savez pas ce que vont chercher Isabelle Autissier, Philippe Poupon, K/sauzon et les autres dans l’atlantique et dans les quarantièmes rugissants, vous le comprendrez vite. On a les mêmes à la maison.

Bon. Il ne faut pas exagérer. J’ai connu à Rhiyadh, en plein milieu de l’Arabie Saoudite une association qui s’appelait : " The frustated sailors of Rhiyadh " en entrant dans le local on avait le mal de mer. Rien que des photos de déferlantes et de vagues. Par contre j’ai constaté que les événements météorologiques prennent de l’ampleur quand on s’éloigne dans le temps et l’espace du lieu d’icelui. Les vents prennent deux degrés Beaufort de plus, les vagues passent de 1 mètre à deux ou trois et la vitesse s’accélère. Toutes nationalités confondues.

La prochaine fois ou La météo

Michel skipper d’un voilier nommé Souvenirs.