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Monthly Archives: septembre 2011

La nuit en mer

Par

Chapitre 7

Je vous parle ci-dessous d’une merveilleuse expérience que l’on fait un jour, plutôt une nuit, ou l’autre.

Nous nous sommes enfin décidés à quitter les abords immédiats de notre port préféré. Une régate lointaine nous tente ou, tout simplement, nous désirons aller ailleurs et cet ailleurs lointain, qu’il faut toujours préciser (voir les articles précédents) n’est pas accessible en une journée de navigation. Il va falloir rester en mer la nuit.

La navigation a été préparée avec soin, le but fixé. Les équipiers, sous l’autorité suprême du seul maître à bord se sont réparti les quarts. Le patron, lui, est hors quart. Ne croyez pas qu’il s’est attribué la plus belle part, cela veut dire qu’il est disponible à tout moment. On est en droit de le réveiller à tout instant pour une manœuvre, une précision, un coup de main ou tout simplement pour être rassuré. Ne vous inquiétez pas, il sera là, et un peu là.

On est en route depuis quelques heures et la nuit tombe doucement sur la mer et l’équipage a rangé le bateau, on a saisi (accroché) tout ce qui peut bouger, rentré ce qui n’est pas utile et ceux qui prennent leur quart se sont convenablement habillés. Pull, veste de quart (rouge ou jaune mais terriblement chaude) pantalon de ciré et, à portée de main la Thermos de café et quelques casse-croûte (pâté hénaff et crêpes ) Chose bizarre personne n’a envie d’aller se coucher et cherche quelque vain prétexte pour rester sur le pont. La nuit s’installe enfin sur l’Océan et une intervention énergique du patron envoie tout le monde dans sa couchette. Lui aussi, pour donner l’exemple se musse dans sa bannette.

Enfin seuls se disent les équipiers de quart. L’un s’installe à la barre, l’autre est plus spécialement chargé de la navigation et du réglage des voiles.

Les heures s’égrènent et sont ponctuées par des relevés du navigateur et, si l’on est près de la côte, par la reconnaissance des feux. Chaque feu a son langage bien à lui et on se doit de le reconnaître au premier coup d’oeil si la navigation a été bien préparée. Cela devient vite un jeu.

Foncer (?) dans la nuit est grisant et la vitesse semble bien plus forte de nuit qu’en plein jour.

Une complicité s’instaure entre les équipiers de quart : " j’ai… " et immédiatement le gobelet de café est entre ses mains.

Pourtant de temps en temps apparaît la tête hirsute du patron dans l’entrée. Il se présente à vous avec cette phrase immuable : " ça va ? " La réponse immuable est : " oui, oui, ne t’inquiète pas ". Pourtant il s’inquiète, va faire un tour sur le pont, règle une voile, refait le point et au passage avale ce qui reste de café et mange le dernier petit beurre.

Les équipiers passent le temps en effectuant des manœuvres et la mise à jour du tracé de la route et des relevés. Le livre de bord est scrupuleusement rempli pour que les autres équipiers soient au courant de la position exacte du bateau.

Voici enfin l’heure de la relève. Il est d’usage de réveiller la bordée montante quelques minutes avant afin de leur laisser le temps de se gréer et de casser la croûte. Il a fallu refaire du café et fouiller dans la cambuse suite aux visites intempestives du patron. Il est là le patron, réveillé avant tout le monde et s’agite inutilement. De plus il est en slip, ce…… Bien sûr il casse la croûte lui aussi.

Et là… bannette, on se glisse dans son sac de couchage avec délice et on dort, royalement, seul dans sa couchette parce que le bateau est mobile. Deux dans une couchette dite double en mer est une hérésie. Calé dans une bannette par sa toile anti roulis c’est super.

L’aube est un moment privilégié de la navigation de nuit. Il fait froid, les équipiers de quart sont engoncés dans leurs vestes et cirés. Ceux qui étaient couchés se sont levés et attendent, engourdis, la levée du soleil. Tout à coup on aperçoit une petite lueur qui s’affirme et le disque rouge apparaît et devient de plus en plus brillant et chaud.

Comme par miracle le port de destination apparaît en même temps que le jour ! C’est là que les compétences du patron sont nécessaires et, osons le dire, indispensables. Savez-vous ce qu’il fait, cet abruti ? Il dort du sommeil du juste et le réveiller serait détruire un moment d’harmonie. Doit-on réveiller un patron qui dort ? La réponse est non. Il y a des moments rares qu’il faut préserver. Un équipage qui atterrit sans l’aide de son patron et lui apporte des croissants frais dans sa bannette mérite le vit de mulet d’honneur. Le regard ahuri du patron vaut son pesant de moules marinières.

On rentre dans un port qui s’éveille à peine, les plaisanciers qui vous voient arriver matutinalement vous regardent avec respect, surtout quand votre tableau arrière arbore un port d’attache lointain.

L’arrivée au petit matin est le rêve. Le port va se vider et il vous reste toute la journée pour aller se balader et se baigner (en été). On peut, à la rigueur, mettre la bourrique en route et gagner la petite crique déserte accessible uniquement par mer… Le bonheur, quoi.

J’ai connu un grand-père et une grand-mère qui naviguaient avec leurs petits enfants. Pépé faisait les étapes de nuit. Ils s’en allaient la nuit tombée quand les petits dormaient et le lendemain ils avaient changé de port. Mémé s’occupait de la marmaille le matin et l’après-midi ils allaient tous à la plage. Maintenant les petits ont grandi, ce sont de sacrés marins et ils naviguent toujours de nuit. Avec pépé et mémé.

 

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Michel skipper d’un bateau nommé Avenir.

PS : j’ai navigué, seul à la barre de notre nouveau canotte et vous donnerai plus tard une autre vison de la nav’ de nuit.

La nuit en mer

Les repas à bord

Par

Chapitre 6

 

Tout marin boit, peu en mer, trop à terre diront certains esprits chagrins. Si tu amènes à boire amène en du bon, du bouché de préférence. Ma commande pour une dizaine de jours en mer : 12 rouge de Saumur, 2 blanc, 2 rosés d’Anjou, une bouteille de rhum, une de ouiski, pourtant mon skipper et moi même pratiquons une abstinence militante. Il faut cependant compter sur une consommation de l’équipage de ½ bouteille de rouge par jour, pas d’apéritif, pas de digestif, la croisière doit durer 10 jours. Mais il y a de trop me direz-vous ? Non car il faut compter sur les vents contraires, une soif immodérée de l’équipage, des rencontres fortuites et des fortunes de mer. Disons que j’ai vu un peu juste. Je vais rajouter 3 bouteilles de rouge.

Il va sans dire qu’il faut de l’eau, beaucoup. L’eau devient comme le vin . Peu à usage externe, beaucoup à usage interne.

En outre vous embarquez des nourritures que l’industrie agro-alimentaire (prospère) de mon pays produit à profusion. Cassoulets, choucroutes, pâtés, biscuits et une foultitude de trucs que l’on trouve dans un supermarché. Pas de chips s’il vous plaît. Ces saloperies font des miettes qui se logent partout et en se décomposant forment un magma infâme qui soulèverait le cœur d’un producteur de volailles en batterie (cœur qui en a vu d’autres je vous le garantis)

Vous avez donc fait l’avitaillement (c’est le terme) et vous partez et là se pose un problème : un bateau ça bouge, ça bouge même beaucoup et la plupart des cuisines de voiliers sont conçues pur des mers aussi agitées que les dalles en béton du salon nautique de la porte de Versailles à Paris. Les qualités marines du voilier ne sont pas mises en cause mais c’est sa conception caravanesque que je conteste. Il faut pourtant se sustenter.

Pour cela j’ai découvert un sandouiche fortement énergétique, pratique et d’utilisation fort simple. Vous prenez d’honnêtes crêpes industrielles (je recommande les Krampouz Ponvel de la crêperie de Plounevezel dans le Finistère Bretagne, France) et du fromage type vache qui rit ou tout autre à pâte molle. Vous étalez la crêpe sur votre cuisse, vous y posez la portion préalablement déballée (important), vous repliez la crêpe et d’un coup de paume énergique vous compressez le tout. Vous obtenez un sandwich élégant et pratique. Une manœuvre urgente vous appelle ? vous coincez le sandouiche dans votre bonnet ou dans un taquet. La barre requiert vos deux mains, pas de problème vous le coincez sous la fesse et hop, le tour est joué. Faites en autant avec un cassoulet bouillant vous m’en direz des nouvelles.

Quand vous faites de longues traversées le problème est différent. Le cuistot est là pour vous mitonner des petits plats. Pas vous madame, ce n’est pas votre affaire, j’ai dit

Passons cet épisode et parlons de la boisson. Le marin boit peu en mer. Il a autre chose à faire que de s’arsouiller. Par contre le café, ou le thé auquel je me suis converti depuis peu, est indispensable pour le moral et la cohésion des troupes. Dans les pires conditions je me suis toujours ingénié à servir le noir breuvage à mon équipage. Il n’était pas très bon, certes, mais chaud et noir.

Au mouillage c’est autre chose. Vous avez fait une croisière et vous vous êtes installés dans une crique déserte, sur une plage peu fréquentée, sur l’un des multiples mouillages qu’offre le golfe du Morbihan en Bretagne.

Votre ancre a plongé dans les eaux limpides et a croché dans le fond. Vous vous installez confortablement pour la nuit. Le soleil se couche sur la mer et la nuit gagne lentement sur vous. Vous venez de terminer un repas gastronomique (cassoulet en boite, fruits au sirop café).

Vous vous installez dans le coquepite pour savourer votre café lyophilisé. L’être aimé est près de vous. Vous regardez les étoiles s’allumer les unes après les autres. Le Paris-Mexico passe au dessus de vous (23h45 les lundi, mercredi et vendredi) vous êtes bien. Dodo.

Si le lendemain, madame, votre skipper préféré vous sert le petit déjeuner à la bannette, ce n’est pas par exquise galanterie. C’est parce que pendant toute la nuit il a été réveillé par des riens : un changement de vent, un grincement suspect, un choc sur la coque. Il a passé en revue toutes les parties du bateau. Votre héros n’a pas dormi.

La nourriture est importante mais se tradui aussi par une necessité biologique. Je n’ai pas abordé un chapitre important du bord : les lieux, les ouatères. Votre serviteur est un farouche opposant à ces instruments sybarites nommés ouatères marins. Ces engins terrestres m’inspirent une terreur obsessionnelle. Qui dit ouatères dit trou dans la coque. Qui dit trou dans la coque dit naufrage. Je ne voudrais pas sombrer corps et biens, et dans le ridicule, sur un glouglou hygiénique. Pour cela je ne laisse le soin à personne de manœuvrer les diverses manettes et refermer les vannes auxquelles sont frappées les pinoches correspondantes, au cas où…

 

le cuistot. Il faut avoir le cœur solide pour rester quelques temps dans la cuisine pour préparer à manger quand tout s’agite autour de vous, et vous avec. Faire une mayonnaise dans des conditions pareilles mérite d’être inscrit dans les livres des records. Et puis madame, c’est le moment de vous laisser dorloter, il est tellement content que vous soyez là, avec lui.

Les repas à bord

 

                                                            Michel, skipper d’un bateau où l’on se sustentera.