Chapitre 8

Cet article date de 12 ans et depuis, la législation a évolué.

Les recherches faites sur internet m’ont laissé dubitatif. Je suppose que le carénage et la peinture antifouling de mon voilier se fera après un séjour au sec, à terre, dans un endroit prévu pour.

L’expérience que je relate est valable, pour ce qui est de nettoyer la carène avant une course en mer, dans les conditions décrites ci-dessous. Dont acte.

Un bateau évolue dans un univers vivant, la mer qui, on le sait, est source de toute vie. Et de la vie il y en a, pas qu’un peu.

Votre fier navire commence à afficher des moyennes de péniche et remonte au vent comme la fumée. Pas de doute il va falloir nettoyer les oeuvres vives.

En méditerranée, un seul moyen, il faut faire appel à des soins mercenaires de grutiers qui, moyennant finances vous mettent au sec et vous permettent de voir les dessous de votre bateau. Il n’y a pas de surprises : il faut payer.

En Atlantique, au contraire la nature dans sa grande générosité à mis au point un système qui permet au marin malin de nettoyer son bateau sans le voir suspendu au bout d’une grue : La marée.

Bien sûr la marée à d’autres fonctions ; créer des courants qui empêchent de passer des caps ou des détroits, donner aux skippers des maux de tête pour calculer la hauteur d’eau pour rentrer dans un port, permettre à des terriens d’aller à la pêche aux moules et bien d’autres fonctions utiles ou futiles.

Mais ce qui nous intéresse c’est le carénage.

Quand caréner ?

Il faut tout d’abord calculer et viser juste car la marée a lieu deux fois par jour mais pas toujours à la même heure. Donc on choisit un quai où s’appuyer, un endroit où on peut trouver de l’eau sous pression, une prise électrique et de quoi s’amarrer.

Il va de soi que l’on a annoncé aux équipiers que le samedi suivant serait consacré au carénage et que des petites mains potelées seraient les bienvenues pour manier l’éponge, le scotch brite et le pinceau.

Le jour venu le skipper, seul, accoste et là une longue attente a lieu. Il faut veiller le moment où le canotte va toucher. Cela dure des heures pendant lesquelles on ajuste les amarres et on vérifie la position des pare-battage. Par la même occasion on appelle les équipiers qui ont, peut-être, eu une panne d’oreiller. Le téléphone sonne en vain. “Bon, c’est mon bateau, n’est-ce pas ? ” Par contre je rends hommage à François, Davie, Erwan qui n’ont jamais compté leur temps.

Cette attente est l’occasion de rencontrer tous les copains de bistrot qui profitent d’une animation gratuite et généralement pleine d’enseignements : un pékin qui va caréner. C’est le moment de commenter la ligne du bateau son plan de pont, la hauteur du mât et l’aménagement intérieur. Surtout le frigo. Les compliments font généralement ouvrir la cambuse et le fond d’apéro est asséché, les canettes, reliquat d’une croisière, sont sacrifiées à l’autel de la bonne entente et de la plus élémentaire courtoisie.

On touche, plus question de rigoler, on (pluriel abusif) se met à nettoyer, au Karcher. Cet instrument redoutable a fait le bonheur des plaisanciers car il a pour avantage de permettre de nettoyer à distance ces concrétions visqueuses pleines d’animacules vélociphages.

On se fait arroser d’importance mais on a mis son ciré de réforme ou son pyjama d’Adam et un short (en été).

Un coup d’éponge sur la carène, un coup de scotch-brite pour polir, une vérification d’ensemble et hop, on est paré pour passer la peinture anti-salissures. C’est un poison violent pour toutes ces créatures qui vous bouffaient la moyenne. En fait on en tartine un max pour ne pas se faire gagner de vitesse par la marée qui vous lèche les talons. Une bande d’adhésif marque la ligne de flottaison et évite à cette saloperie de marquer le gel coat.

Cette opération terminée on s’empresse d’aller se laver et profiter du temps qui reste pour se séparer définitivement des trucs que l’on a gardé au cas où…

Le cendrier bricolé dans une canette, l’ancienne écoute qui est rapée mais que l’on garde au cas où la neuve lâcherait (pourquoi l’a-t-on changée?) Les tickets de gardiens de port, les bouttes que l’on peut désormais qualifier de cordes, de garcettes devenues ficelles… Des bouteilles vides, des bidons presque vides dont on ne connaît plus le contenu…

Un fatras de choses inutiles qui vous manqueront dès la première bouée virée.

On vide, on évacue et on range. D’ailleurs les revues nautiques ne manquent jamais à l’automne de faire un article spécial désarmer son bateau. Puis au printemps réarmer son bateau.

Un article intitulé: “Profitez du carénage pour virer le boxon” sous titré, profitez en car vous n’avez rien d’autre à faire en attendant que la mer monte serait peut être plus utile.

Michel, skipper d’un voilier qu’il faudra caréner.