Depuis quelques décennies, Dieu que le temps passe vite, il a été créé partout dans le monde des emplacements réservés aux bateaux de plaisance nommés marinas.
En fait nous, les plaisanciers,  avons redonné un semblant de vie à des endroits que désertaient nos aînés qui subissaient la course folle du progrès.Toujours plus gros, plus vite, plus loin étaient les maîtres mots des marins pêcheurs.
Alors les ports se sont vidés de leurs caseyeurs, pinasses et cotres. La nature qui a horreur du vide les a remplacés par des yachts (il faut prononcer yak).

C’étaient des mouillages sauvages, qui se sont policés puis, devant le nombre croissant des candidats il a fallu les parquer et on a créé ces immenses parkings à bateaux que d’aucuns trouvent laids, c’est souvent vrai.
D’autres les considèrent insultants de richesse face aux peuples maritimes qui se sont vus déposséder de leur bien. A ceux là je voudrais leur dire que chaque bateau représente des centaines d’heures, voire des milliers d’heures de travail d’ouvriers hautement qualifiés et des centaines d’heures de maintenance pour des personnes qui, faute de cette manne se seraient  obligées à l’exil dans des banlieues improbables.
Il faut dire que la démocratisation de la voile a créé de toutes pièces une industrie que certains nostalgiques et inconditionnels de la tradition appellent Tupperware. Le ton méprisant qu’ils mettaient pour qualifier MON bateau m’a longtemps agacé. Avec l’âge j’ai continué à apprécier la ligne d’un dundee et la grâce sensuelle d’une goélette franche telle que celle je viens de voir ce matin à l’ancre à Longoni, Mayotte. J’aime aussi les formes pleines des nouveaux croiseurs et l’agressivité de formes des nouveaux dériveurs. Tous font partager la même passion, la mer.J’avais envie de le dire, c’est fait et nous n’y reviendrons plus.
Ceci dit est apparu, en même temps que la marina, le marin de ponton.Le marin de ponton a un yak posé sur l’eau et solidement amarré à une panne qu’il quitte en moyenne, statistique oblige, 8 jours par an en atlantique et 8 heures par an en Méditerranée.
C’est peu.Très peuPas assezVraiment pas assez.Et alors, ils font ce qu’ils veulent de leur engin, c’est la même chose avec les caravanes et les camping cars.En grattant un peu la rude écorce du marin de ponton on découvre un Moitessier, un Tabarly, un Kersauzon un…

Mais alors?Il y a sa femme, son travail, sa vie quoi. J’ai essayé de concilier la possession d’un bateau et l’entretien d’une pelouse. C’est impossible, la pelouse gagne toujours. Alors a-t-on le droit de critiquer, non,  sûrement pas. C’est une affaire personnelle. En rédigeant cet article je pensais me moquer gentiment de mes collègues et en fait, qui suis-je? J’ai profité de ma présence en Bretagne sud pour naviguer autant se faire que peut. J’avais 500 m pour rejoindre mon canotte. Ils ont, pour la plupart, 500 km à faire. J’ai des loisirs importants, ils ont souvent des moyens importants et peu de loisirs…Alors ? Excusez-moi chers amis pour tous les sarcasmes que j’ai pu avoir à votre égard, j’avais tort.

Je suis actuellement dans une île de rêve dans l’océan Indien, que je vais quitter pour prendre ma retraite. Dans les années à venir je vais bouffer du mille marin, torcher de la toile… le seul problème, de taille est que je suis un vieux monsieur. Si vous me rencontrez dans les mois et années à venir montez à bord, il y aura sans doute un peu de rhum, de bonnes bouteilles et de quoi casser une croûte.

Michel, Skippeur d’un bateau qui ne marinera pas de trop.